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Écrit par Manus Thoen, Chercheur Expérimenté dans la recherche de traits biotiques (Biotic Trait Discovery)
Cette croyance est étonnamment tenace, et ce n’est pas un hasard. Si les producteurs pensent qu’un greffon résistant rend inutile un porte-greffe résistant, la demande de porte-greffes spécialisés chute drastiquement. Certains messages précoces de la filière ont renforcé cette idée, souvent sur la base d’essais courts qui n’ont duré que quelques semaines. Ces essais n’ont jamais intégré ce qui compte vraiment : la pression virale persistante qui s’accumule dans la zone racinaire.
Mais, biologiquement et en pratique, cette croyance ne tient pas. Le ToBRFV n’est pas un virus « docile ». Il ne reste pas là où on le souhaiterait. Et il ne respecte certainement pas la zone de greffe..
Un greffon résistant, comme un hybride HREZ, peut bloquer l’infection dans les tissus aériens. Mais si le porte-greffe est sensible, le virus peut tout de même se multiplier librement dans les racines et dans le substrat. Cela crée un excédent viral continu, un flux ascendant constant de particules virales qui pénètrent dans la plante via le xylème.
Ce n’est pas une infection de fond bénigne. C’est un “pipeline” de virus sous pression qui pénètre dans la plante, heure après heure, jour après jour.
Et voici le point clé : aucun mécanisme de résistance — ni Tm 2², ni HREZ — n’est conçu pour résister à un afflux viral continu venant d’en bas. Lorsque le porte-greffe est sensible, le greffon est contraint de combattre une invasion qui ne s’arrête jamais.
C’est particulièrement vrai en systèmes de culture en sol, où les particules virales des cultures précédentes restent dans le sol.
Plus tôt dans cette série, nous avons comparé HREZ à l’armée russe repoussant l’invasion de Napoléon, brûlant quelques villages pour arrêter les troupes en train d’avancer . Cette métaphore fonctionne lorsque la pression virale est maîtrisable.
Mais un porte-greffe sensible modifie entièrement le champ de bataille.
Au lieu de voir l’armée de Napoléon approcher d’une seule direction, le système racinaire ouvre un second front. Le virus n’arrive pas seulement aux frontières : il déferle par l’arrière, via le xylème, en quantités écrasantes. Soudain, l’armée russe ne brûle plus quelques villages pour arrêter une invasion ; elle est contrainte de brûler tout le continent juste pour suivre le rythme.
À l’intérieur de la plante, cela signifie que la réponse hypersensible devient excessive, en particulier dans les fruits où l’accumulation virale est la plus élevée. La plante est impactée non pas parce que le gène de résistance échoue, mais parce que la pression virale dépasse de loin ce que tout mécanisme de résistance est censé gérer.
Des recherches récentes sur le ToBRFV confirment ce que les producteurs constatent en pratique. Le système racinaire constitue un point d'entrée majeur du virus, et des porte-greffes sensibles peuvent compromettre la résistance du greffon, même la plus forte.
Une étude de 2026 menée par Rochsar et ses collègues a testé des combinaisons de greffage utilisant des matériels résistants basés sur Tm‑1, et non HREZ, et a montré que le même principe biologique s’applique : lorsque des greffons résistants étaient greffés sur des porte-greffes sensibles, le virus pouvait remonter depuis les racines et infecter le greffon. À l’inverse, des porte-greffes résistants limitaient significativement l’infection transmise par le sol et réduisaient les symptômes précoces sur les fruits lors d’essais au champ. L’effet était encore plus marqué lorsque le greffon et le porte-greffe portaient tous deux une résistance. Dans ces combinaisons, les taux d’infection en conditions caniculaires sont tombés à environ seize pour cent, contre plus de quatre-vingt-dix pour cent dans les témoins sensibles.